JEUX UNIVERSITAIRES EBOLOWA 2026 : LE COMPTE À REBOURS DE L’ANGOISSE
mai 7, 2026Infrastructures en retard, athlètes délaissés : Ebolowa file-t-elle droit vers le fiasco ?
À trois mois de l’échéance, la désignation d’Ebolowa comme ville hôte des Finales Nationales des Jeux Universitaires 2026 suscite plus d’inquiétude que de fierté. Entre retards criants et manque de visibilité, la capitale du Sud risque de transformer une opportunité historique en naufrage national.
LE CONSTAT : UN CHANTIER AU POINT MORT
Alors que 1 600 athlètes sont attendus du 5 au 9 août 2026, les infrastructures clés sont hors service. La piste d’athlétisme du stade municipal de Nko’ovos est impraticable. Les gradins sont inexistants. Au stade du Collège Régional d’Agriculture et dans les établissements scolaires de la ville, la situation n’est guère plus reluisante.
Ebolowa ne dispose d’aucun gymnase universitaire. Le complexe multisports de Nko’ovos est à l’abandon. Les travaux promis en 2024 n’ont toujours pas démarré. Côté hébergement, aucune cité universitaire n’est disponible pour loger les délégations.
Quand le budget sera-t-il enfin débloqué pour colmater les brèches en urgence ? Faudra-t-il recourir aux infrastructures privées ? Comment en est-on arrivé là ? Ebolowa est-elle condamnée à l’échec ?
LES ATHLÈTES D’EBOLOWA : CHAMPIONS À DOMICILE OU FIGURANTS ?*
Difficile de croire aux médailles pour les protégés du Pr Jean Bosco Etoa Etoa quand les athlètes de l’Université d’Ebolowa n’ont toujours pas entamé leur préparation pour la FINAJU.
Et s’ils devaient s’entraîner, sur quels terrains ? Avec quel matériel ? Le suivi médical serait-il assuré ? « On nous demande de représenter le Sud, mais on s’entraîne dans des conditions dignes des années 1990 », déplore un athlète.
Face aux pôles de Dschang, Yaoundé ou Douala, le risque d’humiliation à domicile est réel. Une contre-performance plomberait le moral et l’image de toute la région.
CONSÉQUENCES : LE PRIX DU RETARD
Un échec logistique en août 2026 aurait trois impacts majeurs :
- Sportif : Aucun héritage pour les athlètes locaux, démobilisation de la jeunesse.
- Économique : Hôtels vides, commerçants pénalisés par une mauvaise organisation, investissements perdus.
- Politique : Ebolowa serait perçue comme la ville « qui n’a pas été à la hauteur », au détriment de l’image du Sud à l’échelle CE QUE GAGNE UNE VILLE QUI RÉUSSIT LES JEUX UNIVERSITAIRES*
L’effet Jeux U : bien plus que du sport
Quand ils sont bien organisés, les Jeux Universitaires laissent un héritage durable. Voici ce qu’Ebolowa pourrait gagner :
1. L’héritage infrastructurel : un legs pour 20 ans
- Installations sportives de niveau national : Stade rénové, piste synthétique, gymnase aux normes. La Colombe, FC Ebolowa Filles, l’Épervier Sportif d’Ebolowa et tous les clubs du Sud en bénéficieraient pendant des décennies. Les disciplines seraient valorisées, les athlètes plus performants, les populations plus sportives.
- Réfection urbaine accélérée : Routes d’accès, éclairage public, assainissement, embellissement. Les travaux réalisés pour les Jeux profitent aux populations.
- Cité universitaire modernisée : Nouveaux dortoirs, restaurants, salles d’études. L’attractivité de l’Université d’Ebolowa bondirait auprès des futurs bacheliers.
2. L’impact économique : l’argent qui reste
- Retombées directes : 1 600 athlètes + 400 encadreurs + 3 000 supporters sur 5 jours = hôtels pleins, restaurants saturés, taxis sollicités. Soit 500 à 700 millions FCFA injectés dans l’économie locale en une semaine.
- Emploi des jeunes : Sécurité, restauration, transport, animation, bénévolat. Plus de 1 000 emplois temporaires créés. Une expérience valorisable sur un CV.
- Visibilité des PME : Artisans, couturiers, producteurs locaux exposés à tout le Cameroun universitaire. Le « Made in Sud » aurait 5 jours pour séduire.
3. Le capital image : Ebolowa sur la carte
- Notoriété nationale : Pendant une semaine, toutes les télés et radios du pays parleraient d’Ebolowa. Une publicité gratuite estimée à plus de 200 millions FCFA.
- Attractivité : Une ville qui organise bien attire investisseurs, conférences, touristes. Les étudiants choisiraient Ebolowa « parce que ça bouge ».
- Fierté régionale : Quand Ebolowa gagne, c’est tout le Sud qui se redresse. L’impact psychologique sur la jeunesse est inestimable.
Dschang 2023 et Garoua 2024 l’ont prouvé : les villes qui jouent le jeu en sortent transformées. Celles qui subissent en sortent humiliées.
PLUS QUE QUELQUES JOURS POUR ÉVITER LE NAUFRAGE
L’urgence d’un sursaut collectif
Le Pr Jacques Fame Ndongo a fixé les dates. La FENASU a alloué le budget. Il manque l’essentiel : la volonté locale. Comité d’organisation, chronogramme des travaux, plan de mobilisation des entreprises… Chaque jour perdu rapproche Ebolowa d’un scénario catastrophe.
La question n’est plus « Ebolowa peut-elle accueillir les Jeux ? » mais « Ebolowa veut-elle vraiment les réussir ? »
Éric Enam
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